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A Beyrouth, le rÍve est inspiration d'architecture

Architecture

Beyrouth, ville antique aux mille facettes, historique et bombardée, reconstruite et réhabilitée, saura-t-elle trouver une identité entre patrimoine et nouveauté ? «Architecture is inhabited sculpture» affirme la citation de Constantin Brancusi, écrite en blanc sur noir, qui accueille les touristes sur la place des martyrs, le coeur de Beyrouth. Chronique de Sipane Hoh.

Cet article a été publié sur le site internet du Courrier de L’architecte (www.lecourrierdelarchitecte.com) le 24 Novembre 2012, écrit par Sipane Hoh.
Beyrouth
La place des Martyrs, au début du XXème siècle, était connue pour ses joyaux architecturaux typiques érigés entre les colonnes romaines et les ruines ottomanes. Elle a depuis changé de visage.
Berlin avait son mur. Beyrouth a connu d’autres frontières qui, pendant plus de vingt ans, ont défiguré son image et changé son caractère*. Le mur virtuel qui traversait la ville d’est en ouest était plus présent dans les esprits qu’en réalité. Dans les années 90, cette place n’était plus que le vestige d’un champ de bataille désertique et délaissé. Quelques anciens immeubles du centre ville gardent aujourd’hui en mémoire les stigmates de ce douloureux épisode.
La guerre finie, il aurait fallu rétablir et réhabiliter. Trop de dégâts, d’immeubles endommagés ; la reconstruction fut longue et laborieuse.
Aujourd’hui, Beyrouth renaît de ses cendres ; les constructions battent leur plein, les chantiers sont de nouveaux occupants et les grues un décor habituel.
A l’image de ses habitants multi-ethniques et des différentes religions qui y cohabitent, l’architecture est diversifiée. Sur la place des Martyrs, la sculpture - qui date de 1916 - demeure l’un des repères d’un centre-ville pourtant totalement remanié.
Plus loin, quelques hôtels aux noms français rappellent vaguement des sites totalement bouleversés. Citons notamment le fameux hôtel Saint-Georges, fierté de la belle époque, dont l’architecte s’était inspiré des travaux d’Auguste Perret. Encore plus loin, l’ossature figée de l’hôtel Holiday Inn, toujours en attente d’une décision de reconstruction ou de démolition qui tarde à arriver. De l’autre côté, la coque ovoïde en béton de l’une des salles de cinéma les plus connues, criblée de balles, est toujours debout et témoigne de cette tendance architecturale brutaliste des années 70. Quelques édifices religieux résistent au temps et en offrent une autre définition.
L’esplanade a bien changé ; des immeubles neufs aux couleurs pastel s’y sont implantés à hauteur semblable de ceux qu’ils ont remplacés. Une imposante mosquée aux allures de Sainte Sophie vient de s’y poser. Des enseignes internationales colorées soulignent des façades émaillées. Le mobilier urbain rappelle même quelques places parisiennes très fréquentées.
Beyrouth, cosmopolite ? Un oxymore.
Depuis dix ans, les projets de tours ont remplacé d’anciens immeubles détériorés. Des constructions de plus en plus luxueuses, pompeuses et hautes, viennent encore une fois changer la physionomie de cette capitale millénaire. Un nouveau front, pacifique autant qu’enflammé, est en train de se former : des associations de sauvegarde d’un patrimoine fondamental pour la mémoire de la ville se frottent désormais aux promoteurs qui remplacent ces immeubles anciens «difficiles à sauver».
Cela écrit, jour après jour, des ouvrages neufs sortent de terre, la ville se métamorphose et les signatures des starchitectes sont de plus en plus recherchées. Parmi ces différentes griffes, deux chantiers attirent l’attention des Français.
Le premier, situé au sud-ouest de la place des martyrs, un emplacement idéal : ‘The Landmark’. Conçu par les Ateliers Jean Nouvel, au coeur d’une multitude de rues et de places aux patronymes français, héritage du mandat colonial, le projet est présenté comme un morceau de ville. Il comportera dans son programme chargé la tour la plus haute de Beyrouth tandis que la rue qui traversera l’ensemble gardera la continuité du tissu urbain environnant.
Le second projet, dont le chantier vient de commencer, est situé au nord-ouest de la même place et jouxte l’une des signatures anglaises les plus connues (Foster and Partners). Il s’agit d’une tour d’habitation conçue par LAN architecture**, l’un des projets phares de la ville. Baptisé ‘486 Mina-el-Hosn’, l’ouvrage réfléchira tel un miroir les différentes facettes de la ville selon des points de vue savamment étudiés.
Dans cette ville complexe, la nécessité de la (re)construction est une revanche sur le passé, qu’il fut proche ou lointain. A tel point qu’une nouvelle écriture architecturale, habitée par la modernité, est en train de s’élaborer. Les murs rideaux, les moindres détails standardisés au goût international et mondialisé, au-delà du centre, envahiront-ils bientôt la ville entière ?
Rien n’est moins sûr. Dans les quartiers populaires, le langage du modernisme architectural reste encore timide même si les nombreuses ‘favelas’, s’il est permis de l’écrire ainsi, auront aussi leur part de contemporanéité. Tout simplement parce que la (re)construction de Beyrouth est un éternel chantier.
L’architecture de Beyrouth est le fruit des aspirations d’une ville constamment malmenée.
«Architecture is inhabited sculpture».
A Beyrouth plus qu’ailleurs.
* De 1975 date le début de la première phase d'une guerre civile protéiforme qui durera quinze ans, coupant la ville en deux. NdR.
** Lire aussi 'Voir Beyrouth en son miroir, ou la tour aux multiples facettes de LAN Architecture'

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URL www.lecourrierdelarchitecte.com
 

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