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Architecture Augmentée

Author: Joseph El Hourany
 

L'espace et ses emblèmes stéréotypés ne sont plus seulement cartésiens ; aux présents champs conventionnels se rajoute une dimension immatérielle formée de flux de données qui dessine la nouvelle configuration des agencements d'emprise les plus accessibles ainsi que ses acteurs déterminants. Il n’est pas un lieu, pas un objet, pas un corps, qui ne soient pratiquement dotés d’un écran et/ou d’une caméra, et qui ne puissent devenir ainsi interactifs et branchés sur un réseau. Le monde réel n’a pas été dissimulé par le monde virtuel, mais la présence et la multiplication infinie de l’écran, du virtuel et du cellulaire dans le vécu journalier et dans le monde réel lui-même, attribuent à notre espace architectural et urbain cette bouche augmentée. En ce sens, l’opposition entre le virtuel et le réel, entre l’immersion et le dialogue, entre la ville réelle et l’émergence des banlieues électroniques, entre la simple fenêtre et son rabattement sur un panneau de contrôle, ne tient plus: l’écran est à la fois l’un et l’autre, l’immersion est toujours dialogique, l’instrument est nécessairement une représentation. Néanmoins, si le réel est traversé de virtualités, il s’inscrit aussi dans un espace certain ponctué d’éléments tangibles.


Illustration: "architecture augmentée" par Joseph El-Hourany
Face à toutes les contraintes d’un langage de modernisation et de nouvelles données techniques, l’architecture actuelle se trouve dans un duel critique d’identité et de pratique. Plus qu’un simple état des lieux, de commerce ou de pôle culturel, son défi sera d’intercepter un nouveau dialogue complexe auquel l’habitant/utilisateur substitué par le lecteur sera, à son tour, invité à se joindre/connecter. Les nouvelles modélisations permettent d’incarner cela dans ces espaces à l’intérieur desquelles la gravité et le temps sont des paramètres semblables aux matériaux, à la couleur et à la lumière. L’architecture se trouve imbibée d'ondes hertziennes, de flux d'informations télévisuelles, de diffusions électromagnétiques. Si au cours de ce siècle, l’utilisation de l’espace augmenté chez les artistes en arts visuels a modifié l’expérience du cube blanc (galerie, musée) et de la boîte noire (cinéma), les exemples les plus entreprenants viennent pourtant de l’architecture et des intérieurs tactiques du « Brandscaping ». Certains projets n’accumulent sur leurs parois que des données dynamiques et contextuelles dont les musées s’inspirent de plus en plus.
Mais comment transcrire dans notre temps réel, un discours dans un espace augmenté qui est en évolution perpétuelle et le résultat d’aucune intention formelle ou abstraite? Est-ce en redéfinissant toutes les pratiques artistiques ou en redéfinissant l’amplitude de nos rapports les uns aux autres, aux choses, à la ville, jusqu’à l’univers…?
Comme réponse/discours à cela, plusieurs pixels scintillent céans dans les échanges sociaux, d’autres illuminent là-bas les modalités de travail, une nième postule la mondialisation de nos pensées qui se tissent au cœur des fibres optiques…

 

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